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Les arts mineurs, expression condescendante sinon péjorative pour désigner « toutes les formes d’art figuratif qui ne sont ni peinture, ni sculpture, ni architecture », c’est-à-dire « un art qui imite l’art », est souvent utilisé pour mentionner la photographie dont Charles Baudelaire disait qu’elle était un art mineur qui ne durerait pas. Erreur… Malgré tout le génie qu’on doit lui reconnaître, force est d’admettre qu’il s’est trompé. Loin d’avoir reculé la photographie a obtenu ses lettres de noblesses, et j’en prends pour témoin l’article paru ce 18 Octobre dans le Monde au sujet du photographe Garry Winogrand. Sans aller jusqu’à dire que le débat concernant la photographie est clos, tournons-nous vers une question plus actuelle encore : peut-on dire des Jeux Vidéos qu’ils sont un art mineur ?

La question vous fait sourire ? Sans doute, l’idée peut sembler surprenante à l’heure où ces formidables supports d’expression numériques sont accusés au mieux d’abrutir la jeunesse, et de la rendre violente dans le pire des cas. Je vous demande maintenant de vous replonger dans vos années de lycéen pendant lesquelles on vous a appris les grands moments de l’histoire de la littérature. Mais si, souvenez-vous… On vous a dit que le roman n’avait pas toujours fait l’unanimité et qu’il avait souvent été accusé de dépraver les moeurs des jeunes filles, mais aussi de n’être que manipulation, image subversive de la réalité. Alors, ça vous revient ? Et la querelle des Romantiques et des Classiques, vous vous en rappelez ? Bien ! Alors je n’ai qu’une seule question à vous poser : va-t-on éternellement rejouer les mêmes scénarios ?

Vous riez encore. Il n’y a aucun lien entre les jeux vidéos et l’Histoire des Arts ? Il est pourtant amusant de constater que les reproches adressés aux premiers ne cessent que pour attaquer les derniers arrivés sur la scène ô combien prestigieuse des arts. Sans pousser la témérité jusqu’à prétendre que tous les arts sont identiques, on peut au moins opérer quelques rapprochements. Proust écrivait au sujet du romancier « qu’il déchaîne en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques-uns, et dont les plus intenses ne nous seraient révélés parce que la lenteur avec laquelle ils se produisent nous en ôte la perception » N’est-ce pas justement le propre du jeux vidéo de nous immerger dans un univers, un lieu où une époque inaccessible ? Le jeux vidéo ne permet-il pas d’expérimenter des émotions fortes comme la cohésion d’un groupe face à l’adversité ? Je fais ici référence au phénomène des « guildes », c’est-à-dire des ligues de joueurs collaborant ensemble pour l’emporter contre l’environnement (Players VS Environment) , ou pour vaincre une autre guilde (players vs players) ? Les jeux vidéos, avec leur succession de quêtes, n’apprennent-ils pas la patience comme les romans fleuve et les romans à suspens ? Ne poussent-ils pas à développer un esprit stratégique, ne poussent-ils pas à la réflexion ? La liste des comparaisons est longue, et je conclurai en soulignant que certains jeux vidéos sont, en plus, de petits bijoux d’art graphique.

N.B. Bien entendu, tout comme il existe des « mauvais romans » (aussi appelés « littérature de supermarchés ») il existe de mauvais jeux vidéos. Les questions que posent l’art sont invariablement les mêmes : quels sont les critères du beau ?

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