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Les articles concernant la pratique du tatouage pullulent, pour ou contre, riches en conseils, parfois tentant un approche plus analytique de ce phénomène qui tend à se banaliser. Mon ambition n’est pas ici de déterminer si oui ou non vous devez franchir le pas, mais de proposer une très brève étude focalisée sur les individus déjà tatoués. Une remarque que m’a faite un ami il y a quelques années m’a marquée, et j’y ai depuis un peu réfléchis. Il disait que la peau est une matière en quelque sorte sacrée, que c’est un bel objet dont il faut prendre soin. Mon ami, tout comme moi, était un grand amateur de photo, c’est donc du point de vue du photographe qu’il parlait. Je comprenais ce qu’il voulait dire par là, étant moi-même fascinée par cette étendue de matière tout en relief, aux textures, densités et teintes multiples. Cependant voici, un an après que la question se soit posée à moi, ma réponse :
Il faut selon moi distinguer deux choses importantes. On ne demande pas à une personne si elle a un tatouage mais si elle est tatouée. Vous avez l’impression que je joue sur les mots ? Je pense plutôt que je choix du verbe est révélateur d’un état d’esprit. Par l’emploie du verbe avoir (j’ai un tatouage) vous apparentez le tatouage à un accessoire. Seulement voilà : un accessoire est un objet de mode, un article périssable dont la valeur diminue dès le moment où il est produit en grandes quantité, et dont on fini par se lasser. Le tatouage n’est pas un accessoire.  Ou du moins pas pour moi, ni pour bon nombre de passionnés.
Je vois d’ici venir les contre arguments : « oui mais un tatouage aussi peut être produit en masse, il n’y a qu’à voir le nombre de personnes qui se tatouent le même motif ! ». Premièrement : libre à la personne qui désire être tatouée de faire preuve d’originalité dans ses choix. Deuxièmement : beaucoup de personnes arborent des tatouages old school (hirondelles, ancre de bateau…) et, ici, il peut s’agir du choix d’un individu de se conformer à un langage symbolique partagé (hirondelle : le chemin parcouru), il ne perd donc pas en valeur s’il est répété dans la mesure où chaque individu n’a pas le même parcours, et ne symbolise pas les mêmes événements par son tatouage. Troisièmement : même si vous choisissez de vous tatouer un motif répandu, il faut savoir qu‘une hirondelle n’est pas juste une hirondelle. Les couleurs choisies, le style choisi, l’emplacement sur votre corps, mais aussi la touche personnelle que lui apportera forcément votre tatoueur même s’il ne s’en rend pas compte, font la différence. La reproduction et l’adaptation (passage du motif papier au motif sur la peau), n’existent pas : il n’y a que des réécritures, des objets uniques, indépendants. Le tatouage est un art. On ne se tatoue pas pour être « stylé » ou « original » : la mode passe, et être tatoué n’a plus rien d’original. Le désir du tatouage vient d’ailleurs.
Enfin, parlons peu parlons bien : « dénaturer » signifie « aller contre la nature », ici la nature de votre corps. Ce que je vais écrire est à mi-chemin entre la philosophie et la croyance : vous n’êtes qu’un corps. Votre corps, c’est vous, vous êtes votre corps. C’est votre corps qui choisie d’être tatoué. Par conséquent en vous tatouant, vous lui permettez de réaliser sa vraie nature, d’exposer à même la peau des informations déjà présentent dans vos cellules, dans vos chromosomes, dans votre code génétique, dans vos neurones. On n’a pas besoin d’être tatoué pour avoir le tatouage dans la peau : si vous êtes fait pour être tatoué, c’est déjà écrit dans les cellules qui forment le grain de votre peau.

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3 réflexions sur “Tatouage : dénaturer son corps ?

  1. Bravo pour la nuance ! Du coup, j’ai eu envie de vous envoyer cet extrait de mon second roman, « Tremblements ».
    « – Jeddo Moussa (Papy Moussa) a toujours gardé ses racines bien plantées dans la terre. Le ciel, pour lui, c’était les nuages, la pluie, le vent, le soleil… Le pays passait avant toute chose; le pays, c’est-à-dire la famille, les voisins, les amis, une culture partagée, et qui n’est pas limitée par les enceintes d’une église ou d’une mosquée… Pour Jeddo, le pays c’était chaque personne et son projet propre.
    – Vos oncles étaient ses fils. Comment ont-ils pu agir envers leur soeur de cette manière… aussi rigidement conservatrice?
    – Jeddo était un poète. S’il était là, il vous aurait dit que ses fils avaient déterré leurs racines pour les transplanter dans un ciel qui n’était pas celui de la pluie ni du vent. Ils ont suivi des idées qui n’étaient pas les leurs. Jeddo me disait: Ma petite, tu vas comprendre un jour que c’est ton corps qui pense, c’est ton corps qui pleure, rit, chante, souffre, rêve… Ton corps, c’est toi. Ne les laisse pas t’implanter des idées qui ne sont pas de toi. Vois-tu, les hommes dansent sur des musiques qu’ils n’ont pas composées… »

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