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Vous l’avez compris : je suis une grande amoureuse des jeux vidéos, et plus particulièrement des MMORPG*. Cependant on ne peut pas faire l’éloge de cet art sans faire preuve de réalisme et de bonne foi : la place de la femme dans les jeux vidéos est un problème. Tout d’abord en ce qui concerne les comportements sexistes que subissent les programmeuses, mais aussi par rapport à aux représentations des personnages féminins dans les jeux, et enfin au regard de l’accueil généralement réservé aux gameuses sur les serveurs.

  • Les programmeuses : modernisation de la chasse aux sorcières ?

J’ai décidé d’écrire sur le sujet après avoir lu sur l’application androïd de la BBC un article traitant du phénomène du Gamegate. Il s’agit d’un hashtag initialement utilisé pour dénoncer des comportements sexistes dans la sphère du jeux vidéo. Il s’est répandu et a été détourné de sorte qu’il est désormais difficile de faire la part des propos féministes et des propos misogynes.

La controverse du Gamegate explose lorsque la développeuse de jeux vidéos Brianna WU (@Spacekatgal sur Twitter) publie le message suivant : « In games, women constitute just 3% of programming jobs. Thank God is thwarting an apocalyptic future where we get that to 8%. » Comprenez donc  : Dans les jeux , les femmes ne représentent que 3 % des emplois de programmation . Dieu merci #gamergate contrecarre un futur apocalyptique où nous atteignons les 8% ! Le réponse de la  »communauté » Gamegate est cinglante et ne laisse pas de place au doute : les propos haineux à l’encontre des femmes et les menaces de viol sont chez eux à l’honneur !

gamegate

Traduction 1 : Nous sommes des joueurs. Nous sommes blancs. Nous sommes des hommes. L’univers du jeu vidéo est un endroit sûr pour les hommes, et les femmes n’y ont pas leur place.

Traduction 2 : Je sais ce que ça fait d’être violé. Je vais te montrer ce que ça fait.

Brianna Wu n’est en réalité pas la seule, et encore moins la première victime du Gamegate. L’histoire a en fait débuté lorsque l’ex petit ami de la développeuse Zoe Quinn l’accuse d’avoir échangé des services sexuels avec des journalistes du journal en ligne Kotaku en échange d’une couverture médiatique positive. L’information sera bien vite démentie : oui, Zoe Quinn avait bien entamé une relation amoureuse avec l’UN des journalistes du site Kotaku, mais les articles concernant son jeu intitulé Depression Quest, avaient été publiés avant.

Quinn a ensuite reçu des menaces, et vu des informations personnelles être rendues publiques, notamment son adresse, la forçant à changer de domicile. La question de l’éthique journalistique dans le domaine des jeux vidéos est bien évidemment soulevé. On croit voir renaître les stéréotypes Moyen-Ageux à l’origine de la chasse aux sorcières, comme si la femme ne pouvait être autre chose qu’une créature tentatrice usant du sexe pour servir ses intérêts les plus vils…

  • La représentation de la femme dans les jeux vidéos

Une figure importante de la lutte engagée en faveur d’un changement dans les stéréotypes féminins promus par les jeux vidéos est Anita Sarkeesian, créatrice de la web série Tropes vs. Women in Video Games (disponible sur Youtube), dans laquelle elle se moque, entre autres, du schéma trop répandu de la « demoiselle en détresse », qu’on retrouve par exemple chez la princesse Zelda du jeu éponyme, ou la princesse Peach de Mario.

On remarque aussi qu’une grande majorité des personnages féminin ne sont pas jouables, et n’existent comme élément du décor. On comprend donc ici qu’une femme ne peut pas être un héro. Selon les propos de EEDAR (Electronic Entertainment Design and Readearch)  » there’s a sense in the industry that games with female heroes won’t sell » (Trad : Il y a une croyance dans l’industrie du jeu vidéo d’après laquelle des jeux avec des héros féminins ne se vendraient pas.)  Penny Arcade répond à ceci que les jeux ayant pour héros des femmes bénéficient d’un budget inférieur à celui attribué aux jeux dont le héro est un homme : en réalité 40% seulement du budget accordé à un jeu dont le personnage principal est un homme.

Quelques chiffres, selon une étude menée par EEDAR en 2012 :

– 4% des jeux vidéos comporte un personnage principal exclusivement féminin

– 45% proposent l’option de sélectionner un personnage féminin (ce qui n’est finalement pas si mal…)

Enfin, on constate sans grand étonnement une hyper-sexualisation des personnages féminins. Qui blâmer ? L’industrie, ou les consommateurs ? La question est épineuse. Yohei Shimbori (directeur de Dead or Alive 5) expliquait en 2012 que ses développeurs recevaient régulièrement l’avis des joueurs ayant testé la démo du jeux et leur exposant leurs attentes : « we want more breats » (trad : nous voulons plus de poitrine)

On comprend mieux les armures pour le moins légères (qu’on pourrait qualifier de « bikinis en acier » sans trop se tromper) qu’arborent le plus souvent les personnages féminins, et qui ne sont finalement que des objets de décoration révélant une large portion de la peau (et des seins !) des héroïnes. Non seulement l’image est limitée, réductrice sinon dégradante, mais elle est soupçonnée de provoquer de réelles crises de (manque de) confiance chez les joueuses.

Cependant j’ai, à ce sujet, trois (brèves) remarques à formuler :

  1. le rendu visuel d’une armure ne change rien au niveau de protection qu’elle accorde à votre personnage
  2. si on considère que les jeux vidéos relèvent du domaine artistique, alors on ne peut pas leurs reprocher d’être irréalistes
  3. les hommes aussi sont stéréotypés dans les jeux (violents, musclés, peu bavards, porteur d’un passé douteux, parfois même doté d’une apparence animal) et ne crient pas au scandale
  • Être une Gameuse

Cette partie s’adresse avant tout aux gameurs, peut-être plus que les autres. Lorsqu’une fille est repérée sur un serveur, les remarques fusent. Sa façon de jouer est soudainement critiquée, ou au contraire, elle a droit à des remarques douteuses : « tu de débrouilles bien pour une fille ! ». Une fois l’information rendue publique, les messages afflux « passe-moi ton skype, qu’on voit si t’es vraiment une fille », « les gameuses sont toujours moches » , « j’peux voir à quoi ça ressemble ne vrai une gameuse ? ». Un seul mot : LOURD. Ce qui pousse de nombreuses joueuses à adopter une apparence masculine dans le jeux, et un pseudo du même genre, sinon androgyne. Je n’irai pas plus loin dans ce triste portrait : certaines choses méritent de changer en profondeurs.

A bon entendeur !

*MMORPG : Massively Multiplayer Online Role Playing Games / jeux de rôle en ligne massivement multijoueurs

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