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Respire, c’est le film d’une relation toxique, celle de Charlie et de sa nouvelle copine de classe, Sarah. Mélanie Laurent met en lumière un phénomène complexe avec simplicité, sans jamais tomber dans l’exagération. Respire, ce n’est pas une juste histoire de harcèlement scolaire. Il va beaucoup plus loin, bien en dehors du cadre scolaire, là où se rencontrent, fusionnent et se renversent deux psychologies.

Charlie, Charlène de son vrai nom, qu’interprète Joséphine Japy, est une fille ordinaire, mal à l’aise dans sa féminité naissante et qui use d’un style vestimentaire androgyne pour lui échapper. Fragile, elle l’est, tout comme sa mère, son modèle féminin, empêtrée depuis des années dans une relation conflictuelle et ambiguë avec le géniteur de sa fille. Alors quand Sarah débarque, jouée par Lou de Laâge, avec tout son charisme, son allure, son humour déroutant, sa beauté pulpeuse et sauvage, les deux jeunes filles sont attirées comme les pôles contraires d’un aimant. Charlie est aussi fade que Sarah est intense.

Sarah prend Charlie en main, comme une toile qui n’attend que d’être peinte. C’est en tout cas ce que suggère la scène du rouge à lèvres où Sarah peint en rouge les lèvres de Charlie. Le thème des « premières fois » est ici largement exploité par le scénario : première clope, premières relations sexuelles, les deux adulescentes partagent leur vécu.. La prend en main, c’est-à-dire la pétrie, la sculpte, la façonne, la moule jusqu’à l’étouffer, jusqu’à devenir sa seconde peau, en un mot : Sarah manipule Charlie.

Et lorsque, finalement, Sarah a achevé son oeuvre, qu’il ne reste plus rien de la blancheur de la toile initiale, elle l’abandonne, la remise dans un coin, et l’oublie, insatisfaite comme si Charlie n’avait finalement été qu’un brouillon, un premier jet qui ne méritait pas d’être exposé, à côté duquel elle ne voulait pas être vue de peur qu’on la reconnu en être l’auteur. Sarah rejette désormais tout ses vices sur Charlie, si elle ment, c’est Charlie qui ment, si elle fume trop, c’est encore à cause d’elle. Quand Charlie, perpétuellement dénigrée, s’aperçoit de la tournure angoissante que prennent les événements, Sarah lui interdit à la fois d’être forte et de « jouer » le rôle de la victime. Sarah et Charlie sont comme des vases communiquant, Sarah déversant ce qu’elle pense avoir de plus laid en elle à l’intérieur de Charlie, Charlie se débattant pour rétablir l’équilibre, dans une sorte de lutte à mort dont l’enjeu est la survie, sociale et psychologique.

C’est un tableau extrêmement bien réalisé que nous offre Mélanie Laurent. La bande son est parfaitement maîtrisée, et représente idéalement ce qui ne peut être montré : les phénomènes psychologiques à l’oeuvre. Le tout baignant dans une atmosphère vacillante, entre euphorie et angoisse, complicité et violence, des teintes chaudes, vintages, contre d’autres bleutées, verdâtres comme un marasme glacial. Enfin, les actrices de caractère qui interprètent Charlie et Sarah sont absolument bluffante.

N.B. : J’ai déjà abordé la question des pervers narcissiques dans mon article sur 50 Shades of Grey, et maintient ma préférence pour l’expression « Manipulateur Destructeur » (MD) à celle, plus répandue de Pervers Narcissique (PN).

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Une réflexion sur “Respire, un film sur les « pervers narcissiques »

  1. Pingback: Mr Grey, plus qu’un fantasme, un Pervers Narcissique ? | les Paperoles de Céleste

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