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La Grande course de Flanagan, Tom McNab (1981)

course
L’année débute avec son lot de bonnes résolutions. En première place du top, nous retrouvons l’éternelle motivation post-fêtes à retrouver la ligne pour se préparer à l’été. Combien d’entre-nous avons repris le chemin de la salle de sport et rechaussé nos vieilles baskets ? Combien resterons fidèles à cette courageuse décision ? Bien peu, hélas… Mais pour ceux qui auraient simplement besoin d’un petit regain de motivation, ou qui préfèrent les marathons littéraires à la course à pieds, voici votre chance : 630 pages (édition J’AI LU) à parcourir, un voyage de 5 063 km à travers les Etats-Unis des années 1929, cadence rythmée exigée.

  • Un voyage de 5 0063 km à travers les Etats-Unis des années 1929

5 063km en trois mois, à raison de 80km par jour, de Los Angeles à New York, c’est le défi fou que lance Charles C. Flanagan, sorte d’homme d’affaire opportuniste et audacieux. Plus de 2000 participants venus des quatre coins de la planète se réunissent sur la ligne de départ. Des hommes, de 17 à 70 ans, expérimentés ou débutants, pour la plupart issus des classes sociales les plus basses, tentent leur chance dans l’espoir de repartir avec la centaine de milliers de dollars promis à l’arrivée. Pour beaucoup d’entre eux, cette course est leur unique et dernière chance de survivre en cette période tourmentée par la crise. Des hommes, oui, mais aussi des femmes : 121 exactement au départ de la course qui devront souffrir les remarques sexistes des organisateurs, des participants et des journalistes avant de faire leurs preuves. Des athlètes pleins de rêves, en somme, qui croient s’affronter les uns les autres avant de recevoir, étapes après étapes, de grandes leçons de sport qui leur apprendront que chacun n’est mis en compétition qu’avec deux choses : soi-même, et la nature qui rendra souvent leur avancée à travers les Etats-Unis compliquée.

  • 600 pages pour parlez de pauvres gars en train de courir, n’est-ce pas un peu trop ?

Un peu long et répétitif ? Queneni ! Tom McNab a signé avec la publication de ce livre celle d’un véritable best-seller traduit en une quinzaine de langues. Cette course retrace les destins croisés des participants, leurs luttes, leurs doutes, et est ponctuées d’aventures aux tonalités burlesques. Au départ de la course un grand scepticisme de la part des journalistes d’abord, et plus particulièrement d’un certain Carl Liebnitz qui doute très sérieusement des « aptitudes [de Flanagan] à mener une entreprise aussi complexe » qu’il décrit comme un assemblage « hétéroclite » comprenant « certains des meilleurs coureurs de fond du monde, […] un fakir hindou, seize aveugles, trois manchots, vingt grands-pères, [ainsi que ] soixante et un végétariens ». Un scepticisme partagé par les scientifiques, peu convaincus à l’idée que des hommes, qui plus est des hommes pauvres et sous alimentés, puissent parcourir une si grande distance. Le manque de crédit qu’obtient cette course aux yeux des individus  »sérieux » est également dû au sens de la mise en scène quelque peu douteux de Flanagan qui cru bon de joindre à ses coureurs un cirque composé de « Mme La Zonga, de Fritz l’âne parlant, d’une équipe de base-ball composée de chimpanzés » ainsi qu’un groupe de nains montés sur des poneys

marathon

  • De magouilles en rebondissements, un scénario hollywoodien

Enfin, si Flanagan inspire la magouille par son parcours personnel des plus intrigants et son affection particulière pour les jeux d’argent et le whisky, il n’est pourtant par la plus grande figure de la corruption présente dans l’ouvrage. Non contents de voir leur route mue en véritable parcours du combattant par l’intervention de personnalités haut placées bien décidées à faire arrêter la course, il faudra encore aux athlètes composer avec la présence du FBI et du truand Capone sur leur talons.
Pourtant, en dépit de l’ambiance de foire de cette fabuleuse ménagerie, ne doutez pas de trouver dans ces pages les plus beaux témoignages d’esprit sportif, ainsi que de grandes histoires d’amitié. Ce livre est, malgré sa longueur apte à essouffler les meilleurs lecteurs, une véritable bouffée d’air frais, une ode à l’espoir, à l’effort, à l’humilité et à l’entraide. Des valeurs qui, par les temps que nous traversons, et je parle aussi bien du taux de chômage de notre pays que des attentats survenus récemment, ne sont pas superflues et méritent d’être rappelées. C’est donc avec un sens du rythme digne du film Gatsby le Magnifique que l’écrivain Tom McNab nous propulse à travers l’espace et le temps pour nous nous guider sur le tortueux parcours qui mène, en nous-mêmes, vers les raisons profondes qui nous poussent, non seulement à lire, mais à avaler les pages comme d’autres courent en avalant les kilomètres.

Affectueusement,

Céleste CSM

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