Home

L’Histoire se répète, preuve qu’elle n’a pas de finalité ou du moins pas de finalité « heureuse » comme on aime à les mettre en scène dans les séries sous forme de happy ending. Tout dépend du moment où l’on décide de couper pour lancer le générique, me direz-vous…

2002/2017 : Le roi est mort, vive le roi !

Il est décevant de constater que notre République échoue à devenir une démocratie pleine et entière, faute d’outils adéquats. Je ne me risquerai pas à dire que notre régime n’a de démocratique que le nom car il faut bien reconnaître que nous sommes encore à l’abri du despotisme. Celles et ceux qui peuplent et constituent la France – et non pas seulement les citoyen(ne)s – doivent néanmoins rester vigilants, garder à l’esprit que rien n’est acquis et que l’oligarchie voire le césarisme nous guettent peut-être, tapis dans l’ombre entre la chute des partis et l’ascension des personnalités dîtes politiques, ou encore dans celle de l’état d’urgence.

Pourtant cet outil existe qui permettrait de remplacer notre mode de scrutin défaillant par un qui soit véritablement représentatif. Un mode de scrutin qui aurait permis de reproduire le scénario de l’élection présidentielle de 2002. À L’époque, Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen étaient sortis vainqueurs en ayant récolté respectivement 19,88 et 16,86 pourcents des voix. Ce duel absurde n’aurait jamais eu lieu si la multiplication des candidats d’un même bord n’engendrait la dispersion de l’électorat. En d’autres termes, Lionel Jospin aurait accédé au deuxième tour si Jean-Pierre Chevènement ne s’était pas présenté puisqu’ils appartenaient au même camp et ont respectivement obtenu 16,18 et 5,33 pourcents des voix au premier tour. Le schéma est similaire aujourd’hui : Macron 23,9% – Le Pen 21,4% – Mélenchon 19,6% + Hamon 6,3% = 25,9%.

Ennemi/adversaire : repenser le mode de scrutin

Le scrutin uninominal majoritaire à deux tours ne permet par aux électeurs de différencier l’ennemi de l’adversaire dans les urnes. En clair : Hamon et Mélenchon étaient adversaires puisqu’ils partageaient des visions semblables pour le pays tandis que leurs ennemis étaient Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le jugement majoritaire – mis au point par les chercheurs français du CNRS Michel Balinski et Rida Laraki – peut réussir là où notre mode de scrutin a échoué par deux fois.

« L’ennemi, c’est celui qui vous hait et veut vous détruire, l’adversaire, c’est celui qui vous aime et veut vous transformer. Les démocraties cultivent leurs ennemis ; elles liquident leurs adversaires. » Globalia, Jean-Christophe Rufin

Le scrutin à jugement majoritaire donne aux électeurs la possibilité de nuancer leurs votes. Il s’agit d’évaluer chaque candidat sur une échelle d’appréciation telle que : très bien – bien – assez bien – passable – insuffisant – à rejeter. Ce système permet aux électeurs/trices d’attribuer la même mention à plusieurs candidat(e)s. Il faut ensuite calculer la « mention majoritaire » de chaque candidat. Plusieurs méthodes sont possibles pour départager d’éventuels ex-æquo.

Vidéo : pourquoi voit-on toujours les mêmes candidats ?

Vote utile/contestataire : le moindre mal

L’application de ce mode de scrutin permettrait d’abolir le vote « utile » et de donner un moyen d’expression pertinent au vote « contestataire ». En attendant que ce soit le cas, il faut rappeler que voter utile est une prétention dangereuse. Le procédé sous-tend qu’au lieu d’exprimer sa subjectivité propre l’électeur prétend exprimer « le moindre mal » souhaitable pour l’ensemble de la communauté. Celui qui vote « utile » postule être en mesure d’analyser simultanément suffisamment de variables (et d’inconnues) pour prendre une décision contre l’avis d’une part importante de ses contemporains – et non pour son intérêt propre – mais qu’il estime néanmoins meilleure pour tous. En dehors de l’illégitimité de ce geste, ceux qui votent « utile » s’illusionnent puisqu’en croyant voter pour tous, ils laissent en fait les autres voter à leur place par l’intermédiaire du hasard sauvage. Du reste, la bonne foi exige que le vote blanc soit reconnu et non plus symbolique.

« Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal a toujours été que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal. » Responsabilité et jugement, Hannah Arendt

Postscriptum : matérialisme – du libéralisme au libre-arbitre

La tyrannie de la surconsommation – victoire des envies superficielles sur le besoin légitime qui mène les Hommes à s’entredévorer pour posséder toujours plus de denrées périssables et épuisables – elle, me semble avoir déjà commencé. Si vous cherchez un suspect, à défaut d’un coupable, ne tournez pas trop vite vos regards du côté de l’économie et de la finance. Un tyran accède généralement au pouvoir porté par la petite bourgeoisie (c’est-à-dire la classe moyenne basse), liguée contre l’aristocratie définie comme un groupe d’individus pourvus d’une grande influence sociale, voire du pouvoir politique, en raison de leur naissance, de leur fortune ou de leur qualification. Dis moi comment tu consommes je te dirai qui tu votes. Désirer la redistribution des richesses existantes et exiger leur accroissement sont deux choses distinctes. Il faut aussi regarder à quelle fin ces richesses seront employées. S’agit-il de financer une innovation stérile, productrice de besoins futiles, ou un système de santé, de logement et d’alimentation sûr, efficace et juste ?

« L’argent est un bon serviteur et un mauvais maître. »
Préface de La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas fils (inspiré par Horace)

Nous vivons une époque de matérialisme aliéné. Le matérialisme n’est pas une mauvaise chose en soit. On peut le définir comme une manière de vivre orientée vers la recherche des satisfactions matérielles. Cela ne signifie pas nécessairement qu’une personne matérialiste ne peut être heureuse que dans l’acquisition compulsive et massive de biens. On peut aussi l’entendre comme l’aptitude à chérir chaque possession dans son unicité sans ressentir l’irrépressible envie de la remplacer ni de la dupliquer. La plupart des gens regardent l’argent dont ils disposent – ou  dont ils espèrent disposer par le biais d’un emprunt – et choisissent ensuite ce qu’ils vont acheter au lieu de se demander d’abord ce dont ils ont besoin pour ensuite s’assurer qu’ils peuvent raisonnablement répondre à leur désir. L’inversion de cette chaîne pousse les gens à contracter systématiquement le plus gros emprunt ou à acheter l’objet le plus cher possible avec leurs moyens, même lorsque cela n’ajoute rien à la qualité de l’objet en lui-même ni à leur plaisir. Ce modèle n’est viable ni psychologiquement, ni économiquement, ni écologiquement. Cela, il me semble qu’une importante partie de ma génération l’a compris. Il y a urgence à consommer et voter en conséquence. Votez par conviction.

Une réflexion sur “Liberté Égalité Responsabilité

  1. Pingback: Je ne se sent pas chez vous parmi les Hommes | les Paperoles de Céleste

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s